Top 2014

Top 2014

Mes 30 albums préférés de l’année. Essentiellement : la lumière sur tout, le bleu, le rose, le noir & blanc.

1. A Silver Mt. Zion – Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything
2. Mac DeMarco – Salad Days
3. Ariel Pink – pom pom
4. The Flaming Lips – 7 Skies H3
5. Timber Timbre – Hot Dreams
6. Thurston Moore – The Best Day
7. Skating Polly – Fuzz Steilacoom
8. Angel Olsen – Burn Your Fire for No Witness
9. Scott Walker + Sunn O))) – Soused
10. Pain-Noir – Pain-Noir
11. Jean-Louis Murat – Babel
12. Avec le soleil sortant de sa bouche – Zubberdust!
13. Bohren & Der Club of Gore – Piano Nights
14. Sun Kil Moon – Benji
15. Dean Wareham – Dean Wareham
16. Shabazz Palaces – Lese Majesty
17. Chad VanGaalen – Shrink Dust
18. Tomorrow Tulips – When
19. Tindersticks – Ypres
20. Amen Dunes – Love
21. Swans – To Be Kind
22. Holly Golightly and the Brokeoffs – All Her Fault
23. Ty Segall – Manipulator
24. Stephen Malkmus and the Jicks – Wig Out at Jagbags
25. The Dead Mantra – Nemure
26. King Tuff – Black Moon Spell
27. Aquaserge – À l’amitié
28. Kevin Morby – Still Life
29. Jeremy Jay – Abandoned Apartments
30. Last Ex – Last Ex

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra

Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra

 

Note : 8/10
Label : Constellation Records
Année : 2014

Thee Silver Mt. Zion poursuit sur son nouvel album le raffinage de ses ardents cantiques.

En maintenant treize années d’existence, Thee Silver Mt. Zion prolonge l’assèchement des glandes lacrymales autrefois mises à l’épreuve sur ses deux premiers albums ivres de violons inquiétants et de sombres partitions. Une électrification catégorique, un bouleversement sonore s’est établi depuis longtemps déjà — Ce n’est pas pour rien que le groupe a nommé un de ses albums This Is Our Punk-Rock — et la hargne s’est férocement et définitivement introduite dans son langage au moment de la sortie du sauvage et brutal 13 Blues For Thirteen Moons en 2008.

Constamment en mouvement, Thee Silver Mt. Zion a connu diverses formations (jusqu’à dix musiciens, invités inclus). Sur Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything le groupe resserre les rangs et se limite dorénavant à cinq membres. David Payant, nouveau batteur — déjà présent sur l’album précédent mais dont la contribution rythmique est ici indéniable — injecte une vélocité sans pareil. Le groupe n’a jamais été aussi cinglant que sur « Take Away These Early Grave Blues », cavalcade carabinée menée tambour battant. L’album est en outre un des mieux produits du groupe. Là ou d’autres souffrent d’asphyxie (plus particulièrement le très beau mais trop voilé Horses in the Sky paru en 2005), celui-ci jouit d’un son efficace et éclatant.

Les premiers morceaux « Fuck Off Get Free (For the Island of Montreal) » et « Austerity Blues », sont les fondations d’un album diablement mélodique : tous deux grondent pour finalement s’assagir à l’aide d’incantations vocales. C’est avec l’effréné « Take Away These Early Grave Blues » que l’on passe aux choses sérieuses. « Little Ones Run » est une belle ballade au piano chantée par Jessica Moss et Sophie Trudeau tandis que « What We Loved Was Not Enough » atteste une fois de plus de la haute qualité d’écriture du groupe. Un nombre restreint d’accords, des enluminures électrifiées, Thee Silver Mt. Zion n’est jamais très loin de l’énergie fondamentale du blues. Enfin, « Rains Thru the Roof at Thee Grande Ballroom (For Capital Steez) », hommage au rappeur américain qui s’est suicidé en sautant d’un immeuble fin 2012, désarçonne par son instrumentation synthétique pareille à une brume consolatrice.

À des années-lumière du post-rock, genre auquel Thee Silver Mt. Zion n’a au demeurant appartenu que dans l’affiliation de certains de ses membres (dont Efrim Menuck) à Godspeed You! Black EmperorFuck Off Get Free We Pour Light On Everything est le grand émancipateur d’un groupe qui n’a eu de cesse de raffiner et perfectionner son message.

Chronique parue sur Bong Magazine

Shadow Motel

Ausfahrt Nach

Shadow Motel

 

Note : 8/10
Label : Crane Records
Année : 2013

Bande son d’un roman noir comme le bitume, Ausfahrt Nach est le premier album bouillonnant et maîtrisé de Shadow Motel.

Décidément, Crane Records a le flair pour enchaîner les sorties imposantes. Après le dangereux Tokkoubana des parisiens Seventeen at This Time, le label publie Ausfahrt Nach, premier album du trio lillois Shadow Motel. Avec une moyenne d’âge de 23 ans, le groupe affole par une superbe maîtrise d’écriture quasi-dramatique, une dextérité dans l’art de créer un espace sonore nocturne et inquiétant. Et malgré sa complexité, Ausfahrt Nach a été enregistré d’une traite, en seulement trois jours : “On avait pas mal préparé l’enregistrement pour pouvoir être efficaces et on faisait des soirées bières-badminton pour se détendre. Nous tenions à garder la spontanéité de nos concerts, donc nous avons opté pour une prise de son live. L’album a été enregistré par Thomas Fourny qui joue dans We Are Enfant Terrible, et qui a réussi à saisir le son que l’on attendait : shoegaze, avec une pointe de pop, et une ambiance générale d’outre-tombe. Le mastering est de Carl Saff, qui est basé à Chicago, et qui a fait du super boulot, notamment en réussissant à ne pas écraser le son.”

Il en résulte une production effectivement parfaite, des guitares lourdes et flamboyantes, une batterie tribale martelée avec précision et une voix insaisissable qui serpente entre les timbres de Patti Smith, Lydia Lunch ou Eleanor Friedberger des Fiery Furnaces. De quoi faire d’Ausfahrt Nach un album aux terminaisons nerveuses prenant directement leurs sources dans un imaginaire sonique basé outre-Atlantique. Les membres du groupe citent d’ailleurs comme influences majeures Sonic Youth, My Bloody Valentine, Ride, The Jesus and Mary Chain ou The Doors. Julien malmène sa guitare à la manière incendiaire d’un Lee Ranaldo et Swan joue de son orgue avec une attitude rappelant évidemment celle d’un Ray Manzarek, et qui n’a pour autant absolument rien du pastiche.

Au delà de l’ascendance, Shadow Motel possède sa propre géographie, son climat singulier : «  Can You Please Tune Me In?  » aux perverses accélérations et décélérations, «  Strategy  » dont les très beaux couplets s’affaissent dans d’épineux refrains ou encore le brûlant et inquisiteur «  Love or Disaster  » sont autant de compositions aussi précieuses qu’affûtées, aussi glacées qu’incendiaires.

Américain, mais également germanique de par son titre autoroutier (traduction : “Sortie vers …”), Ausfahrt Nach est un album aux frontières vaporeuses et véritablement indistinctes, sur lequel les trois membres du groupe semblent polariser toute leur fringance pour élaborer un territoire bouillonnant et fébrile, un roman noir sonore.

Chronique parue sur Bong Magazine

Top 2013

Top 2013

Mes 30 albums préférés de l’année avec une évidence, un sublime choc : Parcs de Bertrand Belin.

1. Bertrand Belin – Parcs
2. Shannon and the Clams – Dreams in the Rat House
3. The Flaming Lips – The Terror
4. Dirty Beaches – Drifters / Love Is the Devil
5. Skating Polly – Lost Wonderfuls
6. La Luz – It’s Alive
7. Orval Carlos Sibelius – Super Forma
8. My Bloody Valentine – m b v
9. Colin Stetson – New History Warfare Vol. 3: To See More Light
10. The Growlers – Hung at Heart
11. Deerhunter – Monomania
12. Yo La Tengo – Fade
13. Nick Cave and The Bad Seeds – Push the Sky Away
14. Kurt Vile – Wakin on a Pretty Daze
15. Unknown Mortal orchestra – II
16. Matana Roberts – Coin Coin Chapter Two: Mississippi Moonchile
17. April March & Aquaserge – April March & Aquaserge
18. Julien Gasc – Cerf, biche et faon
19. Oiseaux-Tempête – Oiseaux-Tempête
20. Bill Callahan – Dream River
21. Thee Oh Sees – Floating Coffin
22. Johnny Hawaii – Southern Lights
23. Minks – Tides End
24. Ty Segall – Sleeper
25. Body/Head – Coming Apart
26. Broadcast – Berberian Sound Studio
27. Gap Dream – Shine Your Light
28. Maston – Shadows
29. Fuzz – Fuzz
30. Willis Earl Beal – Nobody Knows.

It's Alive

It’s Alive

La Luz

 

Note : 8/10
Label : Hardly Art
Année : 2013

It’s Alive, éblouissant premier album de La Luz, transpire d’éclats sonores et porte fièrement le flambeau estampillé surf-music.

Le label Hardly Art a fait paraître plus tôt cette année le dernier album de Shannon and the Clams qui évoquait une certaine perfection de la cause surf / rockabilly, et les quatre filles de La Luz ne se sont pas trompées en sortant leur premier album It’s Alive sur ce même label. Inversement, Hardly Art, qui commence à posséder un très chouette catalogue garage et consorts (Jacuzzi Boys, Hunx & His Punx, Deep Time et Colleen Green, pour ne citer qu’eux), a fait preuve de discernement en signant le groupe. Le parcours de La Luz est d’ailleurs jusqu’ici exemplaire puisque, depuis les débuts du groupe originaire de Seattle il y a à peine un an, un EP 5 titres est paru chez Burger Records et Suicide Squeeze a édité un 45 tours.

 Un labyrinthe doré inextricable formant les contours d’un visage aux yeux d’un bleu givré, les globes oculaires inexistants ; voici pour la pochette (réalisée par l’artiste Matthew Craven). À l’intérieur, l’édition limitée du disque vinyle est, pour les plus rapides, d’un bleu pâle. Ces impressions chromatiques ne sont guère innocentes puisqu’elles révèlent la teneur musicale de ce disque. Fondamentalement, It’s Alive est un disque de musique surf, de ce genre simple et enjoué apparu au milieu du XXème siècle ; si simple que l’on pensait en avoir fait le tour jusqu’à ce que l’on pose cet album sur la platine. Les intentions sont empreintes de lucidité car il n’est pas ici question de reproduire ad nauseam la codification d’un genre. Ces codes sont bien là (essentiellement de la réverbération sur la guitare et les voix) mais au delà, la parure, autrement dit la production, brille de mille feux et, plus important, l’ossature mélodique de l’album est irréprochable.

« Sure As Spring » débute l’album sur les chapeaux de roue : entre couplets, refrains, solos de guitare et de claviers, le rideau s’ouvre sur un captivant panorama sonique. Éclatantes mélodies, harmonies à quatre voix (quatre timbres qui s’accordent d’ailleurs parfaitement) et une imparable section rythmique subliment tout au long de l’album des morceaux conquérants ou sereins. Les titres mid-tempo de l’album, « What Good Am I? », « Call Me in the Day » et « You Can Never Know » incite à la flânerie ; il y a de la délicatesse dans les pleins et les déliés des grilles d’accords utilisées. La Luz parachève l’harponnage mélodique de nos cœurs avec les morceaux les plus obsédants du disque : « All The Time », « It’s Alive » et « Big Big Blood ». Enfin, deux plages instrumentales, « Sunstroke » et « Phantom Feelings », soulignent de manière encore plus évidente le caractère surf music du disque en suggérant l’œuvre de celui que l’on surnomme le “King of the surf guitar” : Dick Dale.

Quelques mots viennent en tête à l’écoute de It’s Alive, des termes qui fusent presque insolemment : “effervescence”, “enthousiasme” et, bien évidemment, “insolation”. En espagnol, “La Luz” signifie “la lumière”. Incandescente, éblouissante, la musique gravée sur It’s Alive l’est véritablement. Ce disque transpire d’éclats sonores, et semble même vibrer comme sous la chaleur d’un soleil de plomb. C’est aussi, et surtout, un fantastique et sincère premier album.

Chronique parue sur Bong Magazine